Sorties

Documentaire « Crimea as it was »

Le mercredi 27 mars, nous sommes allés voir, avec quelques jeunes membres de notre association, la projection du documentaire ukrainien « Crimea as it was ».
C’est l’asbl LUkraine qui avait invité au Cinéma Utopia à Luxembourg-ville à l’occasion de la commémoration du cinquième anniversaire de l’annexion de la Crimée.

Ce film documentaire regroupe surtout des interviews avec des responsables militaires et des soldats de l’air et de la marine ukrainiens qui ont réussi à fuir la péninsule et qui n’ont pas accepté l’enrôlement dans les forces militaires russes pendant l’annexion entre février et avril 2014. A plusieurs reprises le film cherche à expliquer la désertion de nombreux militaires ukrainiens qui sont passés du côté des forces russes ; pour beaucoup d’entre eux c’était la volonté de rester avec la famille qui vit en Crimée, un meilleur salaire ou le manque d’attachement à la nation ukrainienne qui était déterminant.

Le documentaire est surtout un assemblage d’enregistrements à partir de portables, réalisés par des particuliers et des soldats ukrainiens lors de la prise de pouvoir par les « hommes verts » venus de Russie. On y voit aussi des scènes où les deux camps s’affrontent dans les rues ou devant des casernes ukrainiennes.
On remarque bien que la prise de la péninsule était possible parce qu’à Kyiv le pouvoir était vacant, suite à la fuite du président Ianoukovitch en Russie. Le pouvoir politique et militaire ukrainien était quasiment absent, d’où la facilité pour les troupes spéciales russes à mettre la main sur tous les lieux stratégiques de la Crimée.
La désinformation auprès de la population a fait le reste : les nouveaux occupants prétendaient, aussi à travers les médias qu’ils ont vite occupés, être venus pour chasser les fascistes qui s’installaient dans la capitale et pour les empêcher de prendre le contrôle de la péninsule.
Le documentaire évoque presqu’exclusivement les faits qui ont eu lieu entre février et avril 2014, même si la plupart des interviews ont été réalisées plus tard.

A la fin de la projection, le président de l’association LUkraine, M. Nicolas Zharov, remercia la cinquantaine de visiteurs pour s’être déplacés en semaine et laissa le premier secrétaire de l’ambassade ukrainienne à Bruxelles, M. Yehor Pyvovarov, faire le point sur la situation actuelle. Celui-ci rappela que la diplomatie ukrainienne continue de réclamer justice, surtout et aussi au niveau de l’Assemblée des Nations Unies, pour ce qui s’est passé. Le seul mérite de cette agression de la Russie réside, pour ce diplomate, dans le fait que les Ukrainiens savent maintenant que leurs voisins russes ne respectent pas les accords conclus dans le passé et que leurs vraies motivations à s’emparer de territoires qui ne leur appartiennent pas, sont plus que claires.

Enfin, M. Zharov fit projeter une affiche montrant tous les citoyens ukrainiens injustement emprisonnés actuellement sur le territoire de la Crimée et de la Fédération russe pour leurs luttes pour le respect des droits de l’Homme. Les visiteurs furent invités à leur écrire une lettre, l’asbl LUkraine se chargeant (le contact se faisant par contact@ukrainiens.lu) de faire la traduction en russe le cas échéant.

Actions de soutien, Concerts

Concert de Printemps en l’église N.D. de Villerupt (F) au profit d’un projet musical à Avdiivka (UA)

Le dimanche 24 mars avait lieu à 15h30 le Concert de Printemps en l’église Notre-Dame de Villerupt (F) organisé par notre comité. Il était au profit d’un projet musical pour jeunes à Avdiivka, ville située sur le front de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, à quelques dizaines de kilomètres de Donetsk.

Claude Pantaleoni, le président de l’asbl « Ad Pacem » remercia les dix chanteurs de l’ensemble vocal « Cantate » de Longwy (F), leur président Christian Rodange et leur dirigeante Marie-Paule Baumgartner-Sendron pour avoir permis la réalisation de ce Concert de Printemps en l’église Notre Dame de Villerupt.


Les visiteurs pouvaient écouter à l’orgue Daniel et Laura Pantaleoni ainsi que leur professeur Marie-Paule Sendron.
Au milieu du concert, le président et la vice-présidente de l’association présentèrent leurs hôtes Oleksiy Savkevich et sa fille Mariika qui étaient venus de la ville d’Avdiivka tout près du front de guerre dans l’Ukraine de l’est.
Il décrivit les années difficiles de la guerre en 2015 et en 2017. Aujourd’hui, une grande partie des gens sont retournés dans cette ville d’Avdiivka, mais ils entendent encore quotidiennement les bombardements qui se déroulent à environ quatre ou cinq kilomètres de la ville. Ensuite, il présenta le Festival d’Art et de Musique qui a eu lieu pour la première fois en 2018 à Avdiivka. Et il expliqua sa volonté de créer, ensemble avec des amis, un espace musical pour jeunes dans un local que la commune leur a mis à disposition.

Oleksiy Savkevich à la guitare et sa fille Mariika au violon jouèrent ensuite deux morceaux de leur répertoire.
Dans la deuxième moitié du Concert l’ensemble vocal « Cantate » fit entendre ses chants magnifiques. Une fois terminé, des enfants présents offrirent à chaque chanteuse et chanteur une rose et le président offrit un bouquet de roses à la dirigeante Marie-Paule Sendron pour la remercier.
Les auditeurs furent invités à faire un don à la sortie du concert pour financer le projet musical à Avdiivka.
Le président invita ensuite tous au verre d’amitié et à goûter les gâteaux faits maison que le comité de l’association offrit au fond de l’église.
La collecte des dons de ce Concert a donné la belle somme de quatre-cent soixante-dix euros. Cet argent servira à acheter des instruments musicaux pour l’ensemble musical des jeunes à Avdiivka.

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Actions de soutien

Projet musical présenté en l’église de Bascharage (L)

Le samedi 23 mars notre comité participa à 18h30, avec nos invités Oleksij Savkevich et sa fille Mariika, à l’office religieux en l’église St Willebrord de Bascharage.

Avant l’homélie, notre comité pût informer l’assemblée des objectifs de notre association et présenter, avec notre hôte Oleksij Savkevich, du projet musical que nous soutenons dans la ville ukrainienne d’Avdiivka qui se trouve sur le front de guerre entre l’Ukraine et la Russie.
Une fois la messe terminée, les paroissiens furent invités à rester pour écouter le témoignage de Olekskij Savkevich où il raconta les années sombres et très difficiles de la guerre vécue dans sa ville. Presque toute la population avait fui les bombardements en 2015 et 2017. Ce n’est que depuis une année que les gens reviennent, le front s’étant déplacé à quelques kilomètres en dehors de la ville.
Les jeunes de cette ville ayant peu de possibilités culturelles de se retrouver, Olekskij Savkevich a eu l’idée, avec des amis, d’organiser un premier Festival d’Art et de Musique en mai 2018. La deuxième édition aura lieu début mai 2019.

En accord avec Romain Gillen, le curé de la paroisse, la collecte faite pendant la messe était destinée à cofinancer ce projet musical. Elle a donné à la belle somme de 950€. Un grand merci va à tous ces paroissiens qui ont fait un don.

Rencontres et témoignages

Au contact avec des élèves du LGE

Notre invité Oleksij SAVKEVICH, en compagnie de sa fille Maria, a visité le 21 mars trois classes du Lycée de Garçons d’Esch-sur-Alzette (LGE) où il a expliqué comment sa famille a fui en 2015 les bombardements des pro-russes sur la ville d’Avdiivka et comment ils ont lentement réintégré leur habitation à partir de 2016. Aujourd’hui, la ligne de front se trouve à environ 5 km à l’est de la ville mais les bombardements quotidiens sont toujours audibles.


M. Savkevich a ensuite expliqué aux élèves comment il a organisé avec des amis qui sont actifs dans le domaine du théâtre, de la danse, de la peinture, de la musique et de l’art un premier Festival qui s’est tenu début mai 2018. Un millier de visiteurs sont venus pendant toute une journée avec en arrière-fond le bruit des canons. Cette année ce festival aura de nouveau lieu.
Dans sa petite tournée au Luxembourg et en Lorraine, il aura aussi la possibilité de récolter quelques fonds pour acheter les instruments et l’équipement nécessaire pour mettre sur pied un groupe musical pour des jeunes qui voudraient sortir de la logique et de la quotidienneté de la guerre.

 

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Actions de soutien

Aide spontanée à des personnes souffrant de l’hiver et de l’occupation

La dernière semaine de février 2019 notre comité a organisé une aide destinée à quelques personnes souffrant du froid et de l’hiver dans la ville de Donetsk occupée par les séparatistes pro-russes.
Un ami rentrant d’ici dans l’est de l’Ukraine était prêt à porter les habits et chaussures en très bon état à quelques familles qui en avaient grand besoin dans cette ville. Leurs salaires, quand ils en touchent, sont si bas (entre 50 et 100€/mois) qu’ils ne suffisent plus pour vivre, puisque tout y est très cher et de mauvaise qualité.
Ce sont des membres de notre association ainsi que la Croix-Rouge de Villerupt (F) qui ont fait don de manteaux, vêtements et chaussures pour hommes, femmes et enfant.
La première semaine de mars, tout a pu être remis à ces nécessiteux.

 

Concerts

Concert de printemps

Programme:

1ère partie : orgue et violon

 

Liebster Jesu de J.G. Walther  (Daniel Pantaleoni)

Ach Gott und Herr de J.G. Walther  (Laura Pantaleoni)

2è récit de Cornet du 1er ton (Laura Pantaleoni)

Basse de tierce du 1er ton   de Lambert Chaumont (Laura Pantaleoni)

Récit de Louis Marchand (M.-P. Baumgartner-Sendron)

Chant de paix de Jean Langlais  (M.-P. Baumgartner-Sendron)

Greenleeves à 4 mains

– Temoignage de Oleksij Savkevich «la vie in Avdiivka sur la ligne de front » et présentation de projet de création d’un espace musical pour les jeunes in Avdiivka(Ukraine)

Concerto pour Une Voix (Saint-Preux) (Mariia Savkevich)

Miroslav Skoryk. Melodie in la-minor (Mariia Savkevich)

 

2è partie : Cantate

 

Quando l’alba in Oriente – Monteverdi

Laudate Dominum – Henri Dumont

Omnes Gentes – André Campra

Cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen – BWV 12 (extraits) – J.S. Bach

Gloria (extraits) – Vivaldi

La vache égarée – François Auguste Gevaert

L’Avertimento – Raynaldo Hahn

Médias / Interviews

Invitée à l’émission jeunes de radio ARA

Le 14 mars de 16 à 17h a été diffusée sur radio ARA une émission qui avait comme invitée Madame Olena Styazhkina historiene et écrivainne ukrainienne qui a fui la guerre dans l’est de son pays. Elle a été interviewée à l’occasion par Charel Schmitz et Bob Wagner, élèves du Lycée de Garçons d’Esch-sur-Alzette (L).

Madame Styazhkina a répondu à leurs questions qui portaient sur son enfance lorsque l’Ukraine faisait partie de l’Union soviétique et sur les souvenirs nostalgiques de cette époque dans son pays. Comment a-t-elle vécu l’indépendance du pays au début des années 1990, qu’est-ce qui a changé entre-temps ? Ils ont aussi voulu savoir ce qui différencie l’Ukraine de la Russie.

Mais c’est surtout le pourquoi de la guerre dans l’est du pays d’où Madame Styazhkina est originaire qui a intéressé les jeunes, de même que la question de savoir comment la population et les réfugiés internes vivent cette guerre au jour le jour. Une autre problématique soulevée lors de l’interview a été celle du rôle de l’enseignement de l’histoire en Ukraine après l’indépendance. Afin de compléter davantage ce propos, les élèves ont fait écouter au cours de l’émission une interview préenregistrée avec l’historien luxembourgeois Denis Scuto, qui demande à l’historienne Styazhkina quelle histoire est aujourd’hui enseignée en Ukraine, pays-tampon entre la Russie et l’Union européenne.

Rencontres et témoignages

Rencontre et témoignage à Villerupt (F)

Le dimanche 3 mars à 16h, une trentaine de paroissiens de St Pierre et St Paul de l’Alzette se sont retrouvés dans la Maison paroissiale de Villerupt-Cantebonne pour rencontrer et écouter le témoignage de notre invitée Madame Olena Styazhkina, historienne et écrivaine ukrainienne.

Olena a raconté comment elle a vécu l’occupation russe à Donezk, sa ville natale, et comment et pourquoi elle s’est décidée de fuir et d’aller habiter à Kiew.
Dans son récit, elle a essayé de raconter les faits historiques et de montrer comment le Mal et le Bien sont en lutte dans son pays et de démontrer comment la guerre est la concrétisation du Mal qui traverse l’histoire des hommes. La guerre est la cause de beaucoup de malheurs pour les hommes, les femmes et les familles qui se retrouvent sous les bombes et l’occupation. Olena a cherché de (faire) comprendre pourquoi l’Ukraine reste plutôt absente que présente dans le contexte européen. C’est surtout la période pluricentenaire sous les empires russes et soviétiques qui ont rendu l’Ukraine « invisible » comme pays indépendant. Les médias jouent évidemment leur rôle de (non)transmission dans ce contexte.
De nombreuses questions portaient sur le fait que la guerre du Donbass reste inconnue ici en France, que les médias n’en parlent pas, que la responsabilité de la Russie n’est pas claire et mal connue. Plusieurs personnes ont tiré des parallèles avec l’occupation allemande de la France lors de la Deuxième Guerre Mondiale et la façon dont les Français l’ont subie.
Après une heure et demie de témoignage et de réponses aux nombreuses questions posées autour du conflit tous ont été invités à partager un verre d’amitié et des gâteaux offerts par notre asbl.

Soirées littéraires

Soirée littéraire à la libraire Diderich

Le vendredi 1er mars 2019, à la librairie Diderich d’Esch-sur-Alzette, l’historienne et écrivaine ukrainienne Madame Olena Styazhkina a lu et commenté des extraits de son roman « Dans la langue de Dieu » paru dans l`«Anthologie du Donbass» ( traduit par Iryna Dmytrychyn) 2018, éditions L’Harmattan

La soirée débuta à 19 h. avec une morceau de Prokofieff, un compositeur ukrainien, joué au piano par Daniel Pantaleoni. Ce compositeur était originaire de la région du Donbass qui se trouve aujourd’hui en guerre et à laquelle était dédiée cette soirée littéraire.
Madame Olena Styazhkina est originaire de Donetsk et vit actuellement à Kiev. Elle est une refugiée interne. Elle s’est présentée en expliquant qu’elle a de la peine à croire que cela fait déjà plus de cinq ans que la guerre se déroule dans le Donbass ukrainien. C’est inconcevable pour elle que les tanks russes soient (encore) dans les rues et tirent sur les maisons, de même qu’il lui est inconcevable que des hommes viennent pour tuer d’autres d’hommes. En 2014, les amis d’Olena lui disaient que le problème c’était surtout que les Russes venaient dans le Donbass pour les tuer alors qu’eux les Ukrainiens ne voulaient pas tuer les Russes.

Tuer l’autre…

À partir de cette guerre, toute une littérature est née. Ainsi en 2018 une centaine de livres traitant du sujet de la guerre ont été publiés en Ukraine. Les questions traitées dans ces livres sont toujours les mêmes : quel est le prix de la liberté, quand finira cette guerre, mes proches seront-ils tués ? Les livres sont écrits soit en russe, soit en ukrainien. Alors que la question de la langue (russe ou ukrainien) n’est pas importante dans cette guerre, toute la littérature qui en résulte en est un fruit amer. Même s’il n’est pas certain qu’avec le temps cette littérature va trouver des lecteurs, elle fait désormais  partie de l’histoire ukrainienne.
Olena a ensuite lu un extrait de son livre « Dans la langue de Dieu » publié originairement en russe. Ce sont les éditeurs qui lui ont ensuite proposé de l’éditer aussi en langue ukrainienne pour que le roman prenne plus de valeur dans toute l’Ukraine.
Les héros de ce roman vivent pendant la première année de l’occupation. Ils ne sont ni ukrainiens ni russes. Ils vivent dans cette ville [quelle ville- laquelle?). L’un  des protagonistes arrive dans le but de tuer un autre personnage parce que depuis longtemps il désirait cela. Maintenant que la guerre est déclenchée, celle-ci lui permet de  passer à l’acte mais il réalise qu’il n’en est pas capable. C’est alors qu’il commence à parler et se demande qui est capable de tuer un autre homme. C’est là le sujet de cette histoire.
Olena a lu ensuite la première partie en ukrainien. Christian Welter, secrétaire de notre asbl, a lu la traduction française.

Après la traduction lue par Christian, Olena a décrit ses sentiments et le fait qu’elle soit toujours incrédule que cette histoire se déroule dans sa ville natale.
Enfin, Olena a proposé de lire quelques pages de son journal intime « Pays. Guerre. Amour » qu’elle a écrit pendant les premières semaines de la guerre. La traduction française a été réalisée par Christian Welter.

***

Est-il possible de tomber amoureux à une heure rigoureusement établie ? Par exemple, samedi à dix-neuf heures vingt heure de Moscou ?

Auparavant je pensais que l’heure de naissance des enfants écrite sur les bracelets des hôpitaux était une quelconque formalité médicale. Puis une amie m’a dit que cela a une importance pour les horoscopes. L’heure et les minutes, et pas seulement le jour et le mois. L’extrême variabilité dérive de cela. Le destin d’un homme dépend de comment le Soleil se trouve ou ne se trouve pas dans les périgées et dans les apogées.

Pour devenir fou pour de bon il faut accoucher.

Les chiffres sur le bracelet sont l’heure qu’indique avec exactitude l’arrivée de l’amour.

 

Cela n’arrive probablement pas à tous. Mais il y en a beaucoup qui se rappellent, savent.

Tu prends le petit dans les bras, tu le regardes hâtivement dans les yeux… et tu te perds. Tu plonges. Sans opposer aucune résistance tu plonges dans un bonheur sans bornes.

Puis, après, surviennent toutes ces pensées d’adulte sur le fait que les enfants signifient engagement et une fatigue infinie, qu’ils ne grandissent pas comme nous voudrions, qui ne seront pas reconnaissants et qu’il vaut donc mieux même pas s’y attendre, qu’entre couches et désinfectants on peut ne pas s’apercevoir de comment la vie passe et la vieillesse s’approche furtivement, que tu n’auras en échange même pas un morceau de pain et un verre d’eau, que les fils sont des traîtres et, quand bien même ils aimeront quelqu’un de manière inconditionnée, ils aimeront seulement leurs fils, nos petits-enfants…

Puis, après… les prophéties se réaliseront presque toutes, les espérances non. Presque aucune. Puis tout ne sera plus si intense, si clair, si propre, comme en ce premier jour. Mais celui-là restera de toute manière avec toi.

« Ocytocine, il s’agit seulement d’hormones, – dit un de mes amis médecin. – Pour les hommes tout est différent ».

C’est un bien, que pour eux tout soit différent. C’est pour cela qu’ils deviennent fous en se croyant Napoléon et Batman.

Et pourtant ma folie des grandeurs actuelle a des dimensions encore plus amples.

Samedi à dix-neuf heures vingt-deux j’ai pris dans mes bras l’Ukraine. Un long accouchement, vingt-trois années. Elle aurait pu ne pas naître.

 

Je l’ai prise dans mes bras, je l’ai regardée hâtivement dans les yeux et je me suis perdue. Ma petite, mon trésor, ma pauvre, unique fille… Quel stupide bonheur, le mien. Quelle joie…

Désormais les couches, la fatigue et l’irritation sont déjà passés. Parfois elle se comporte mal. Mais si nous donnions à l’adoption tous les enfants qui n’obéissent pas et qui crient, quel motif nous reste-t-il pour vivre ?

 

Voilà pourquoi je lui fais un bisou sur la tête, j’en respire le parfum. Je l’aime. Parfois elle me permet même de dormir.

La patrie est fille. Non pas mère.

Quelque chose de ce genre…

 

Mourir pour la liberté

Ensuite le public avait la possibilité de poser des questions auxquelles Olena à essayé de répondre. Elle fut interrogée quant à son choix linguistique. Elle expliqua que pour ce qui concerne les textes scientifiques et journalistiques, elle est plus à l’aise en ukrainien tandis qu’elle préfère la langue russe pour son œuvre littéraire. Elle admit utiliser le russe avec un certain remords en ces temps de guerre mais elle insista sur le fait que la langue russe n’est pas coupable des atrocités de la guerre.
Dans les territoires occupés de l’est de l’Ukraine, on peut théoriquement utiliser la langue ukrainienne mais en pratique elle n’est pas parlée. La langue ukrainienne n’y est même plus enseignée dans les écoles publiques.

Les prochaines questions portaient sur les raisons de la guerre et les possibilités de résoudre le conflit. Olena expliqua que les russes se voient comme les héritiers des grands empires russes et soviétiques et veulent récupérer toutes les terres qu’ils considèrent perdues. Mais les Ukrainiens veulent être libres. Pour l’instant, Olena ne voit pas de médiateurs possibles. Elle souligna que le conflit n’est pas un conflit ethnique entre russes et ukrainiens.
Elle expliqua que les gens du Donbass qui se tournent vers la Russie le font dans l’espoir que la Russie leur donne une certaine aisance matérielle tandis que les personnes qui se tournent vers l’Europe espèrent pouvoir se développer elles-mêmes selon les valeurs européennes.
Après les échanges entre Olena et le public, Mme Anne Diderich et M. Philippe Boisserie, les propriétaires de la librairie, invitèrent tous à continuer la discussion autour d’un verre de l’amitié qu’ils ont généreusement offert. Le président de l’asbl M.Claude Pantaleoni remercia la maison Diderich, le public, Madame Olena Styazhkina et la traductrice de la soirée Natalya Pantaleoni et Mr. Christian Welter pour la lecture française et la traduction de l’extrait du journal intime effectuée par ses soins.